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Le dessin et la caricature dans la presse
Au travers d'une étude du rôle social et de la fonction journalistique des dessinateurs dans la presse quotidienne nationale
en Communauté française de Belgique.


Mémoire
de fin d'étude
de Jean-Philippe Legrand, alias dessinateur Aster
, présenté en vue de l'obtention du
grade de Licencié en Information et Communication présenté à l'Université de Liège en 1998


Historique de la caricature
La profession de dessinateur
Les dessinateurs dans la presse belge
Utilité et fonction
Page d'accueil et contacts


Partie IV : Utilité sociale et fonction journalistique du dessinateur de presse

CONCLUSION GENERALE

Le monde de la presse est en perpétuel changement… Et le mouvement qui l'anime n'épargne pas cette forme marginale - et donc particulièrement sensible - d'activité journalistique qu'est le dessin de presse. Ainsi, depuis la fin de nos entretiens, de nombreuses choses ont changé pour nos caricaturistes: Moto ne dessine plus pour La Dernière Heure depuis fin février, laissant une place quotidienne à Gérard, Vadot a encore accru sa collaboration au Vif-L'Express, au détriment de sa participation au Soir et de Cécile Bertrand, Sondron a illustré la reconstitution d'une évasion pour le journal d'RTL TVI, les dessins de Kroll "contre" le PS commencent à déranger l'administration de la RTBF, … Rien n'est donc immuable et notre étude était bien une "radioscopie du dessin de presse en Belgique francophone", tel qu'il se présentait à un moment donné. Elle s'avère en fin de compte tout aussi périssable que tous ces ouvrages sur la presse écrite qui nous ont été néanmoins très utiles.

Bien entendu, afin de dresser un état de la question - et puisque le journal est différent tous les jours -, nous avons dû suivre la presse quotidienne sur un certain intervalle de temps (du 1er octobre 1997 au 31 mars 1998) et interroger les dessinateurs au sujet de leur collaboration du moins durant cette période. Celle-ci fut d'ailleurs marquée par la naissance d'un nouveau quotidien: Le Matin. Mais nous ne disposions pas d'assez d'éléments pour mener une étude aussi poussée que pour ses trois concurrents de la presse nationale francophone. De plus, nous n'avons pu ignorer plusieurs faits importants s'étant produits en dehors de cette période tels que les collaborations antérieures ou exceptionnelles d'autres dessinateurs, ou les numéros entièrement illustrés par des dessins, dont le dernier en date est le Soir du 21 avril 1998. Ainsi, d'une part, nous avons pu dresser un tableau de la situation générale actuelle des dessinateurs dans la presse belge. Grâce à un détour préalable par une histoire de la caricature, nous avons pu préciser le sens de son évolution. Un bilan de santé de la presse belge nous a permis d'expliquer ce sens. D'autre part, une enquête de terrain nous aura mené à préciser la place des caricaturistes dans chacun des organes de presse nationaux.

"La Belgique a une grande chance, c'est d'avoir beaucoup de dessinateurs et un petit inconvénient, celui de ne pas avoir beaucoup de caricaturistes qui s'adressent à l'actualité. Il manquerait en général aux caricaturistes la qualité de journaliste politique suivant ce qui se passe semaine après semaine." (2)

Au bout de notre étude, nous sommes arrivés à deux constats principaux. Le premier n'est en fait que la confirmation d'une impression que nous avions dès le départ, à savoir que la presse belge (wallonne) actuelle accorde relativement peu de place aux caricaturistes, du moins par rapport à la même presse au XIXème siècle (ce que nous avons démontré) et par rapport à la presse française (ce qui est apparu clairement suite à nos recherches et au cours de nos interviews mais que nous n'avons pas démontré explicitement). A présent, nous sommes en mesure d'affirmer que le phénomène de raréfaction et "d'aseptisation" des caricatures participe du déclin généralisé de la presse, dont les marges de manœuvre sont désormais bornées par la nécessité de "ratisser large". Autrement dit, afin de satisfaire le plus grand nombre de lecteurs, les organes de presse se voit contraints d'observer toujours plus de neutralité et de prudence. Dans une telle perspective, on comprend que le "dessin d'opinion" n'intéresse plus les décideurs qui lui préfèrent dès lors, comme dans la presse locale, l'illustration d'humour, désengagée, sympathique, inoffensive.

Le deuxième constat invite au contraire à penser que le dessin de presse en Wallonie serait en train de susciter un certain regain d'intérêt, notamment dans les journaux nationaux. Parmi les signaux que nous avons identifiés, rappelons que: Royer prend place dans la page "Débats" consacrée aux personnalités issues des milieux politiques, universitaires, etc., dans un Soir comptant une quinzaine de dessinateurs occasionnels; La Libre Belgique se dote d'un dessinateur attitré et très impliqué dans la politique éditoriale (Clou); les collaborations de Gérard et Moto se régularisent dès le passage de La Dernière Heure en format tabloïde; et enfin, le jeune Matin fait appel à cinq caricaturistes, alors que ses vieux ascendants n'y avaient presque jamais recours. Si l'on ajoute à cela le succès rencontré par Serdu et Kroll dans leur zone d'influence respective et la montée de jeunes dessinateurs comme Vadot, Sondron, Vince, Saive, etc., l'on peut se demander si la presse n'est pas en train de redécouvrir la force de la caricature et les potentialités de leurs auteurs.

Pour leur part, les rédacteurs en chef manifestent un engouement unanime (et accru ces dernières années) pour la caricature - même si la mise en pratique ne le confirme pas toujours - et se plaignent de ne pas trouver de talents à la hauteur de leurs exigences… Mais quel sens cela a-t-il de réclamer plus d'intuition politique au dessinateur s'il est en fin de compte relégué dans le dessin de société, l'illustration paisible, par crainte de trop "déranger"? Pourquoi ne pas tenter de mettre à profit toutes les capacités du dessinateur de presse? Les rédacteurs en chef considèrent à juste titre le dessin comme un élément fort de la politique éditoriale, faisant partie de l'identité graphique du journal, doté d'un impact parfois beaucoup plus important qu'un article… Pour notre part, nous avons mis en valeur la surprenante adéquation entre, d'une part, les options rédactionnelles d'un journal, et, d'autre part, le ton et la spécialité graphique de son dessinateur. Puisqu'il est à ce point représentatif du journal et complémentaire de l'écrit, pourquoi ne lui confie-t-on pas plus souvent des tâches de grande envergure telles que l'illustration de la page une ou d'événements particuliers?

"Par leur graphisme simplifié, leur sens du raccourci et leur expression percutante, ces "dessins à la pointe du couteau", pour reprendre une définition de G. Grosz, constituent en effet un instrument idéal pour la compréhension des situations humaines, sociales et politiques." Jules Gheude (3)

Face à cette contradiction entre une admiration générale pour les caricatures et leur faible utilisation, mais aussi en ayant considéré certaines initiatives concrètes prises ces derniers mois par les responsables de publication pour étendre la portée des dessins de presse, nous avons entrepris de démontrer que l'apport du dessinateur de presse est multiple, tant au niveau de la société qu'au niveau de la réalisation du journal. Entre autres effets, bien connus, inhérents à son statut d'artiste, d'humoriste et de journaliste, nous avons mis en exergue son influence sur les "systèmes de représentations collectives": les caricatures rendent compte de la façon dont un groupe d'individus perçoit et ressent la réalité à un moment donné; non seulement elles rendent visible ce que certains, par intérêt, tentent d'occulter mais elles révèlent au groupe ses propres représentations (ainsi que ses opinions et ses comportements) dont il n'a pas conscience ou qu'il refuse d'admettre; à l'adresse de tous (lecteurs de journaux, analystes, historiens, etc.), les caricatures sont autant de déformations de la réalité qui se présentent justement comme des "clés d'accès" à cette réalité, rendue plus visible, plus claire, bref plus authentique.

Parmi les fonctions journalistiques du dessinateur de presse, nous avons identifié les deux principales, à savoir les fonctions d'illustrateur et de commentateur de l'actualité. Bien évidemment, des dessins à vocation esthétique ou de commentaire ont d'autres effets: ils attirent l'attention, orientent la lecture, dynamisent la présentation de l'information, etc. Toutefois, nous avons tenu à isoler de telles fonctions, plutôt relatives à la communication, et nous les avons considérées pour elles-mêmes. Nous pensons que les journaux auraient beaucoup à gagner en exploitant davantage les atouts du dessin de presse en tant que "piédestal" pour l'information écrite (nous parlions du caricaturiste comme d'un "adjuvant communicationnel") et en tant que contact tout à fait particulier avec le public: le caricaturiste personnalise et vivifie l'information, il parvient à créer une complicité avec les lecteurs, il s'adresse à eux, les met en scène, les responsabilise,… En caricaturant, l'on peut dire que l'information écrite classique - oublions un instant le sensationnalisme des faits divers - s'adresse principalement à la raison du public, dans une langue rigoureuse, objective et mais somme toute assez froide et impersonnelle. Par contre, le dessin, et d'une façon générale l'art et l'humour, communique avec la sensibilité des lecteurs. En l'occurrence, les codes sont relativement simples et vite assimilés par ceux qui s'y intéressent. Il ne faut d'ailleurs pas longtemps pour trouver ce moyen d'information agréable, convivial. Si nous rapprochons cela du fait que les dessins sont plus "lus" que les articles, et les dessinateurs plus célèbres que la plupart des rédacteurs - au point de devenir un véritable représentant, une carte de visite du journal - on peut acquiescer, avec les caricaturistes eux-mêmes, à cette assertion de Christian Sauvage: "le dessinateur de presse est le journaliste préféré des lecteurs" ! (5)


Un nouveau paradoxe

En début d'introduction de ce travail, nous faisions état des différentes ambiguïtés et contradictions qui caractérisent la profession de dessinateur de presse. Or, à la fin de cette étude, après nous être penchés sur le rôle du dessinateur dans le journal, il semble bien que nous avons pu dégager un paradoxe de plus. Pour le percevoir, il importe de se poser la question "qu'est-ce qu'un journal de qualité?". Une première réponse peut être formulée à partir d'un ensemble de critères… Mais l'on ne pourrait s'empêcher de songer aux modèles du genre, autrement dit, aux titres qui dominent le marché et font autorité dans le champ journalistique: principalement Le Monde en France et Le Soir en Communauté française. Or, le climat concurrentiel aidant, les autres organes de presse sont tentés de s'aligner sur les pratiques (au niveau de la forme et du contenu) de ces quelques "ténors", qui finissent d'ailleurs par dicter l'agenda à certains médias, en particulier dans le milieu de l'audiovisuel. Or, un canon de la presse écrite comme Le Monde, qui ne comporte toujours que très peu de photographies, accorde une importance considérable au dessin de presse. Par conséquent, la caricature entre bel et bien dans les critères de qualité d'un journal. Prenons le cas du lancement d'une nouvelle publication - telle que Le Matin -, celle-ci a certainement plus de chances de s'affirmer comme un titre de qualité, typique et peut-être même digne de crédit, en accordant au dessin de presse une place proche de celle que lui réservent ces journaux de référence.

Ce mimétisme se traduit également au niveau de la rédaction pour qui cela représente toujours une sorte d'idéal que de posséder son dessinateur attitré, son "Plantu", son "Royer", de travailler avec un collaborateur qui ferait comme Kroll, le dessinateur de l'Ecran Témoin. D'après nos entrevues avec les journalistes et les dessinateurs, mais aussi d'après notre expérience, il ressort nettement que, lorsque le dessinateur "convient", c'est un sentiment de fierté qui domine parmi les journalistes, la fierté de contribuer à un journal à la fois original, (personnalisé, animé,…) et "comme les autres" (typique, un peu plus proche du Monde ou du Soir). En somme, à coté de son apport esthétique et de sa contribution à l'explication et la transmission de l'information, le dessin apporte une valeur symbolique au journal si, toutefois, ce dernier sait le mettre en valeur. Le paradoxe est bien là, et multiple: le dessin, cette forme marginale de traitement journalistique, principalement destinée à faire rire, qui fonctionne par déformation de la réalité, est un de ces éléments qui contribuent à faire d'une publication un journal de qualité, sérieux et fiable.


Privilège

La situation des dessinateurs dans les quotidiens de la Communauté française ainsi que leur utilité sociale et journalistique constituaient donc les deux points forts de notre entreprise. Toutefois, pour en arriver là, nous n'avons pu faire l'impasse sur une approche plus concrète de la profession, basée sur la rencontre de dix-sept dessinateurs de presse. Il importait en effet de mettre un peu de lumière sur le double statut d'artiste-journaliste qui caractérise chacun de nos interlocuteurs. C'était aussi l'occasion de mettre un bémol à ce que nous condamnions d'emblée au début de ce travail, à savoir la surenchère permanente qui affecte habituellement le discours sur la caricature et la description du caricaturiste. Autodidacte, celui-ci n'est pas pour autant dépourvu de formation scolaire (artistique). Professionnellement indépendant, il reste néanmoins soumis aux aléas du marché, au bon vouloir des rédacteurs en chef, et sa liberté est celle que le journal lui accorde. Désespéré ou angoissé, il l'est parfois - à l'instar de tout journaliste -, mais l'on ne trouve pas vraiment ce "mal-être"(6) exprimé par certains artistes et sur lequel on a tendance à focaliser. Et nous pourrions rappeler les mêmes réserves que nous avions émises à propos de sa prétendue marginalité, sa solitude, la jalousie qu'il susciterait à la rédaction et même sa virulence, son humour désopilant, sa facilité d'exécution des dessins, etc.

Par contre, une caractéristique ne fait l'objet d'aucun doute, et semble même transcender tous les désagréments d'une condition ambivalente. Il s'agit de la réunion, en une seule activité, de la passion et de la profession, de l'art et de l'utilité, de l'œil et de l'intellect. Les affirmations des dessinateurs de presse à ce sujet les placent aux antipodes de la marginalité et du mal-être: pouvoir vivre du dessin est un privilège. Et quand ils ne peuvent en vivre vraiment, ils n'en éprouvent pas moins la satisfaction de pouvoir s'exprimer, réagir aux événements et, grâce à la publication, s'adresser à des milliers d'inconnus, amuser des milliers de lecteurs, intervenir dans le champ social. Hélas, ces privilégiés sont peu nombreux. Même en étant très polyvalent, trouver sa place dans le monde du dessin de presse n'est pas chose aisée. Très nombreux par contre sont les jeunes talents frappant aux portes des quotidiens en vue de collaborations; rappelons-nous: une proposition différente par semaine à La Libre Belgique, une tous les quinze jours au Soir, etc. Parmi tous ces dessins proposés, n'y a-t-il vraiment pas de quoi réaliser au moins un supplément illustré par mois? Et, pourquoi pas, à l'occasion d'anniversaires de Belges célèbres tels que Jacques Ochs, Serge Creuz ou Alidor.


(1) Tels que Le monde de la presse en Belgique de Jean GOL ou Radioscopie de la presse belge de René CAMPE, Marte DUMONT et Jean-Jacques JESPERS.
(2) BAUWELINCKX, Gabi et LEFREBVRE, Sonia, d'après les propos d'André Lemoine, rédacteur en chef de Pourquoi pas?, in 2ème festival international du dessin politique, du 17 décembre 1988 au 8 janvier 1989, Bruxelles, éd. Labor, 1988, p.21. Peut-être l'auteur a-t-il commis une erreur en écrivant "s'adressent" au lieu de "s'intéressent".
(3)GUEUDE, Jules, Les Belges… tels quels. Histoire d'un problème communautaire en tableaux et plus de 150 caricatures, éd. Rossel, 1984, p.8.
(4) Au sens expliqué p.154.
(5) SAUVAGE, Christian, Journaliste: une passion, des métiers, éditions du CFPJ, Paris, 1988, p.83.
(6) Voir VESSILIER-RESSI, Michèle, La condition d'artiste, regard sur l'art, l'argent et la société, Paris, Maxima Laurent du Mesnil, 1997, pp. 30-34.
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Mémoire sur la caricature de presse : frontispice


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